Notre Avis - So Blonde Postée le 09/07/2008

 

Rejeton d’une famille aisée de Manhattan, la bien nommée Sunny Blonde est une jeune Américaine minée par des préoccupations aussi essentielles que sa ligne, son bronzage, ses vêtements, etc. Elle rêvait de vacances à Cancún1 avec ses amis, mais non… il va lui falloir se contenter d’une croisière "absolutely" ringarde : dans les Caraïbes, certes, mais en compagnie de ses parents ! (Bonjour la honte !) Mais-que-va-t-elle-bien-pouvoir-raconter-à-ses-amies ? Eh bien sans doute bien plus qu’elle ne l’espérait !... En effet, lors d’une tempête, cette malheureuse Sunny est précipitée par-dessus bord pour, quelque temps après, se réveiller sur une plage paradisiaque. La mer, une plage de sable fin, des palmiers, des coquillages…il n’en faut pas davantage à notre bimbo pour se persuader qu’elle se trouve non loin d’un complexe touristique de luxe dans lequel l’attendent, entre autres : un hôtel aussi étoilé que la Voie Lactée, une galerie marchande, un coiffeur, etc., sans oublier ses parents et leur indispensable carte bancaire. Ce que cette brave Sunny va devoir comprendre, c’est qu’elle vient d’échouer sur une île en dehors du temps, qui n’a pas évolué depuis le XVIIe siècle et qui en est restée à l’âge d’or de la flibuste caribéenne ! C’est donc seule qu’elle va devoir se tirer de cette situation invraisemblable, à condition d’oublier ses réflexes de petite fille gâtée.

En écrivant le scénario, Steve Ince2 prenait un risque. Après la saga Monkey Island (quatre épisodes), après Broken Sword 2 (dans une certaine mesure), après Runaway 2, après Jack Keane, était-ce en effet une bonne idée que de remettre une énième fois le couvert avec des histoires burlesques de pirates et d’îles tropicales ? Par ailleurs, la touche d’originalité qui était annoncée par le titre (So Blonde) n’était pas pour rassurer : allait-on se voir infliger un recyclage de vannes lourdingues sur les blondes ? Eh bien, malgré ces "pénalités de départ", So Blonde s’en tire plutôt bien. Le scénario est certes léger, peut-être pas d’une folle originalité, mais réussit néanmoins à intéresser le joueur. Un des attraits tient au fait que le jeu grouille de clins d’œil en direction d’œuvres "cultes" (ou tout simplement connues) : jeux vidéo (Monkey Island, Broken Sword…), films (Psychose, Retour vers le futur…), séries TV (Lost…), etc. L’un des challenges du jeu est donc d’observer les détails, de cliquer au bon endroit afin de donner la chasse à ces innombrables références. Quant à notre blonde héroïne, si elle se montre bien nounouille au départ, elle va finalement faire preuve de ressource et de caractère.

Le système d’énigmes passe avant tout par l’exploration des environnements. Autrement dit : récupérer des objets (parfois les combiner), les utiliser à bon escient et engager la conversation avec les autochtones (précisons néanmoins que le joueur n’aura jamais à se lancer dans des discussions interminables). Dans l’ensemble, les énigmes ne comportent pas de difficulté excessive. Un système de "snoop key3" a d’ailleurs été prévu : une pression sur la barre d’espace permet d’afficher tous les éléments du décor avec lesquels il est possible d’interagir (ce système d’aide doit néanmoins être activé dans le menu d’options, les développeurs ayant sans doute voulu limiter la tentation d’en user et d’en abuser !). Notons également que plusieurs mini-jeux viennent de temps à autre ponctuer le déroulement de l’aventure. Pas vraiment des puzzles, mais plutôt de petits jeux d’adresse ou de réflexes. Cependant, les développeurs ont pensé à celles et ceux qui, comme moi, possèdent deux mains gauches : ces mini-jeux sont facultatifs et peuvent être court-circuités à l’aide d’un bouton "Triche" (tout en sachant que l’accomplissement de ces mini-jeux donne accès à des bonus).

Question gameplay, est-il besoin de préciser que, dans ce point & click pur jus, la prise en main ne comporte aucune difficulté ? Déplacements, interactions, manipulations de l’inventaire : tout se joue à la souris et de manière on ne peut plus intuitive. On trouvera néanmoins à redire pour ce qui est du déplacement sur l’île car chaque changement de décor s’accompagne d’un temps de chargement, certes pas très long, mais dont l’accumulation en agacera plus d’un. En effet, pour se rendre d’un lieu à un autre, il faut se farcir tous les lieux intermédiaires (même si l’on ne fait qu’y passer)… ainsi que les temps de chargements qui vont avec. Or, précisément, les allers et retours sont pour le moins fréquents. (On récupère pourtant une carte de l’île qui aurait pu être bien utile… Peut-être une fonction qui n’a pas eu le temps d’être implémentée.)

Les graphismes, très "cartoon", sont très réussis dans l’ensemble. En particulier les décors, qui s’inscrivent dans la droite lignée des productions Lucas Arts de la grande époque. Très riches, tant sur le plan des détails que des couleurs, ils sont un festival pour l’œil ! Une réserve cependant en ce qui concerne la modélisation et l’animation des personnages, lesquels ne témoignent pas toujours d’une finesse extrême (observez le chef Bajari : il n’a pratiquement pas de visage !) et donnent souvent l’impression de marcher au pas.

Quant à la bande son, elle est correcte sans plus. Les doublages sont bien réalisés, faisant même appel à quelques voix connues (les doublures vocales de Cameron Diaz ou de Sylvester Stallone, par exemple4). En revanche, les musiques sont peu variées et répétitives, se contentant de meubler l’arrière-plan sonore.

 

On s’amuse à incarner Sunny tout au long d’un jeu dans l’ensemble bien agréable. Les graphismes sont réussis, les énigmes accessibles et le scénario, à défaut d’être passionnant, reste sympathique. D’autant que le joueur s’amusera à rechercher les très nombreux clins d’œil truffant le jeu.

D’ailleurs, on l’aura compris, So Blonde est en lui-même un énorme clin d’œil en direction de Monkey Island, l’illustre saga de LucasArts. Ceci étant, il n’est pas dit que les aficionados de cette dernière apprécieront inconditionnellement So Blonde : l’humour y est moins déjanté, et Sunny n’est pas la version féminine de Guybrush Threepwood. Au passage, et comme je le suggérais plus haut, on peut se demander si ces sempiternelles histoires de pirates et/ou d’îles tropicales ne risquent pas, un beau jour, de lasser.

 

Guidoflap

 

Notes

 

1. Cancún est une ville mexicaine de la péninsule du Yucatan, réputée à la fois pour ses plages et sa proximité avec les anciennes cités mayas. La ville est aussi le point de rendez-vous d’une certaine jeunesse dorée états-unienne…

2. Steve Ince est un "ancien" de chez Revolution Software. Il a notamment travaillé sur Beneath a Steel Sky et les trois premiers opus de Broken Sword.

3. En anglais, le mot snoop évoque le fait de fureter, d’observer discrètement.

4. Dans le livret fourni avec la version française de So Blonde, on cherchera en vain le nom des acteurs ayant prêté leur voix aux personnages. Il y a bien une rubrique "Avec les voix de…" mais où semblent créditées les doublures vocales anglaises… Décidément, le métier de doubleur est bien ingrat.

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